23.06.2011

Beginners

Oliver est un dessinateur qui vit à Los Angeles. Sa vie est monotone. Il ne cesse de repousser les femmes de peur de répéter l'échec de l'histoire de ses parents. Il porte aussi le deuil d'un père qui lui avait révélé sur le tard, à 75 ans, son homosexualité avant de lui présenter son ami (de l'âge d'Oliver) et d'entreprendre une vie gay sans tabou. Et puis il est tombé malade et a laissé à son fils une grande maison vide et un chien, Arthur, avec lequel Oliver entretient d'étranges conversations philosophiques. Et puis un soir, lors d'une soirée déguisée, il rencontre une jeune actrice française aphone. Ces deux êtres mélancoliques vont-ils réussir à se compléter? 

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Beginners pourrait être un drame raté ou une énième comédie romantique sans saveur. Sauf que le cinéaste Mike Mills a écrit une histoire touchante, générationnelle, originale et sans clichés. Oliver rencontre Anna mais son père est décédé depuis seulement deux mois alors il ne cesse de repenser à leurs derniers moments, à la grande révélation qui a changé la perception de toute son existence. En lui avouant son homosexualité son père l'a ramené en arrière, lorsqu'il n'était qu'un gamin naïf. Alors que cette révélation aurait pu donner lieu à une confrontation père-fils déjà vue et revue, le film prend une autre option. Celle d'un type largement trentenaire (voire plus proche de la quarantaine) qui n'a rien fait de sa vie et se rend compte que son père a eu une existence plus excitante, qu'une mélancolie inexplicable l'a toujours envahi lui et pas ses parents, qu'il a eu toutes les libertés contrairement à ses aïeuls mais qu'il n'en a pas fait grand chose, et surtout qu'il n'a jamais compris ses proches. Oliver se focalise sur une histoire de la tristesse, il voit la vie comme des instantanés d'une époque et vit comme un jeune homme de vingt ans. Anna est aussi paumée que lui, son père l'enferme dans une dépression non désirée, sa vie n'est faite que d'hôtels et de solitude. Oliver et Anna vont se trouver des points communs, ils vont peut-être vivre enfin pour eux, sans leurs parents. Reprendre à zéro. Commencer.

Le film est très tendre, très sensible. Les personnages sont à fleur de peau et ils sont rarement prévisibles. Ewan McGregor est décidèment un très grand comédien. Ici il est fragile, émouvant. Mélanie Laurent porte la même hésitation, la même méfiance, c'est un joli rôle. Quand à Christopher Plummer il incarne tout autre chose, une force vaillante malgré la maladie, une envie de bouffer le monde. Le personnage du père, totalement calqué sur celui du réalisateur (tout comme l'histoire en génral) est particulièrement intéressant. Ce n'est pas un homme qui a vécu dans le mensonge. Il a épousé une femme qui savait qui il était et il l'a aimé pendant quarante-quatre ans. Et lorsqu'elle est morte, seulement, il a décidé de faire ce dont il avait envie, de s'éclater. Le film touche quelque chose de très juste, de très vrai, même si les situations sont singulières et plutôt originales. Begginers prend sans cesse le contre-pied de ce que le spectateur attendait et mélange humour, poèsie et tristesse. Dans un grand collage qui rappelle ceux que réalise le héros à son bureau cette histoire fantaisiste trouve une belle cohésion, celle du cinéaste, et merci à lui de nous l'avoir fait partager.

♥♥♥ [Beginners, un film de Mike Mills (2011), avec Ewan McGregor, Mélanie Laurent, Christopher Plummer... en salles]

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