17/05/2013

Des gens ordinaires filmés dans un bureau

Ca y est. La série The Office s'est arrêtée après neuf saisons. Les lecteurs de ce blog savent que j'adore cette série. Sachez que l'épisode final a été largement à la hauteur de mes attentes. Très émouvant, drôle, mais surtout touchant et avec une conclusion très fidèle à l'esprit du show.

Dans ce dernier épisode de plus de 40min, nous retrouvons les personnages environ un an après l'épisode précédent. Le documentaire sur Dunder Mifflin a été diffusé et nous avions laissé Dwight sur une demande en mariage et au poste de manager. Nous le retrouvons à la veille de la cérémonie où il doit épouser Angela ; l'équipe tourne de nouvelles séquences pour des bonus dvd. Nous suivons le mariage mais c'est surtout l'occasion de retrouvailles avec toute l'équipe. Certains ont quitté Dunder Mifflin depuis quelques temps. Kevin a été renvoyé, Tobie aussi, Nellie a été envoyée dans une branche européenne, et Stanley a pris sa retraite. Le changement le plus étonnant concerne Creed. On comprend mieux le comportement discret mais très rock'n'roll de l'un des séniors de l'équipe. Le documentaire a permis aux autorités judiciaires de reconnaître celui qui était recherché depuis les années 70' pour trafic de stupéfiants lorsqu'il était dans un groupe de rock!

Ce que j'ai beaucoup aimé c'est que depuis une saison la série s'était recentrée sur l'aspect documentaire de ses débuts, qu'on avait parfois un peu oublié. Avant même que l'équipe apprenne qu'ils allaient enfin être vus par toute l'Amérique on avait d'abord découvert certains membres de l'équipe de tournage. Notamment Brian, l'un des cameraman, qui un jour était entré dans le champ de l'image, pour réconforter Pam. On découvrait alors qu'il se passait des choses hors champs, que Brian était depuis neuf ans tombé un peu amoureux de Pam, et surtout on reprenait conscience de l'aspect real life du show. Déjà lorsque Michael avait quitté la série on nous rappelait un peu à cela avec son célèbre "Tenez-moi au courant si ce film est un jour diffusé!" avant de retirer son micro.

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Lorsque nous retrouvons toute l'équipe ils sont réunis pour le mariage de Dwight et Angela mais aussi pour une conférence de presse autour du documentaire. C'est un moment plutôt amusant. On y voit une majorité de fans du couple Jim et Pam (le Jam!) et surtout un moment assez inattendu de retrouvailles familiales pour Erin, toujours un peu lente à la détente. L'enterrement de vie de garçon de Dwight puis le mariage sont à l'image du personnage grâce à des traditions bien étranges qui font le bonheur des spectateurs. Lors de la cérémonie les anciens sont là et se retrouvent souvent avec bonheur. Notamment Kelly, mariée, qui retrouve son Ryan adoré, devenu père un peu par hasard. La surprise vient surtout de la présence de Michael, venu jouer le rôle de témoin à la dernière minute, qui nous offre son classique "That's what she said" ainsi qu'une des répliques les plus drôles en observant les deux couples mariés de l'équipe : "J'ai l'impression d'avoir vu grandir mes enfants et qu'ils se sont mariés entre eux. C'est ce dont tout père rêverait".

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La série s'achève sur une tonalité de nostalgie mêlée à l'absurdité habituelle qui la caractérisait. Pam remercie l'équipe de tournage de lui permettre de revoir avec émotion son parcours et conseille aux spectateurs de ne pas suivre son exemple (quatre années pour comprendre qu'elle aimait Jim!) et de se jeter à l'eau que ce soit en amour ou en projets professionnels ou personnels. L'occasion surtout de rappeler que The Office c'est le quotidien de gens normaux, avec leurs doutes, leurs défauts, qui prennent leur temps, qui assument leur médiocrité, leurs erreurs. Beaucoup de moments drôles, de gêne, de tristesse, de désarroi, de doute et d'ennui. La construction d'un panel de personnages très attachants, notamment l'un des couples les plus adorables du petit écran, le Jam, qui fut l'une des grandes forces du show, vecteur de moments romantiques et émouvants, toujours aussi adorables durant les flirts ou quelques années plus tard dans leur vie de famille pas toujours rose. The Office aura permis à ses personnages de s'accomplir : Michael s'est fait aimer de ses collègues et il a fondé sa famille, Jim et Pam se sont trouvés, Dwight a atteint son but de devenir le boss, Stanley a enfin pris sa retraite, Angela a trouvé l'amour, Oscar s'est lancé dans une carrière politique, Kelly a retrouvé Ryan et Kevin s'est trouvé une vraie vocation. Tout est bien qui finit bien. Sauf peut-être pour Tobie, le souffre-douleur de la série! Mais comment aurait-il pu en être autrement? Le running gag a duré jusqu'au bout, c'est aussi ça la force de The Office. Le final était tellement bon qu'il a eclipsé les deux dernières saisons très moyennes.

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14/05/2013

Un peu de tout...

En ce moment mes journées sont bien remplies. Entre le travail, les activités entre amis, les répétitions de la chorale pour les concerts à venir et les révisions pour un concours je n'ai vraiment pas une minute pour écrire. Je préfère habituellement consacrer un billet à un seul film ou roman mais je vais cette semaine résumer assez brièvement mes récentes découvertes au cinéma et ailleurs. J'espère que vous avez eu la chance de faire le pont la semaine dernière? Pour ma part oui et j'en ai profité pour passer un séjour très revigorant avec une bande d'amis en Bourgogne. Ce sont des amis que je ne vois pas tous les jours car on habite des régions différentes mais parmi la bande il y a deux de mes meilleures et plus anciennes copines. Même si on ne se voit pas souvent c'est toujours un peu magique ces moments ensemble. La météo n'était pas fabuleuse mais on a quand même pu faire de la randonnée, de belles promenades et on a découvert un peu plus la musique traditionnelle du Morvan. Un séjour qui m'a remis les batteries à bloc!

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Tui, petite guerrière, qui subit une violence ancestrale ancrée dans une ville rongée par les vices

Depuis plusieurs billets je vous parlais de la série Top of the Lake. Il faut que je vous en dise plus, surtout si vous ne la connaissez pas encore. C'est un projet de la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion (j'espère d'ailleurs que vous avez regardé Bright Star qui est récemment passé sur Arte!). J'admire énormément le talent de cette femme dont je trouve les réalisations brillantes. Chacun de ses films possède une portée très forte et ce sont des oeuvres indéniablement riches et fascinantes. Avec un passage à la télévision et un format long, et dans un genre plutôt stérotypé qu'est le thriller, Jane Campion n'en perd jamais sa volonté de dénoncer, de sublimer et ne s'éloigne d'ailleurs pas de ses thèmes de prédilection. Top of the Lake se déroule en Nouvelle-Zélande, dans un site relativement reculé et organisé autour d'un lac et dominé par la famille Mitcham dont la réputation est très ambigüe. Un matin une fillette plonge dans le lac glacé. Au collège l'infirmière constate qu'elle est enceinte. Tui étant mineure une enquête est lancée. Matt Mitcham est le père de Tui. Impliqué dans divers trafics, donc celui de la drogue, il vit à Laketop depuis des décennies et voit son environnemment envahi. D'abord par un groupe de femmes qui s'installe autour d'une figure gourou (interprétée de façon fascinante par Holly Hunter), puis par l'enquête de police autour du viol de sa fille surtout lorsque tout le clan Mitcham est suspecté. L'enquêtrice Robin Griffin est originaire de la petite ville et rend visite à sa mère malade. Elle vit désormais en Australie mais elle accepte de prendre en charge l'enquête avec Al Parker qui s'avère être un inspecteur plutôt déroutant. Très vite elle va se heurter à la méfiance et la violence d'une population organisée autour de la figure charismatique de Matt Mitcham. Par crainte on refuse de lui parler, puis Tui disparait et Robin découvre que d'autres viols sévissent en ville. Cette enquête la renvoie à de douloureux souvenirs. Elle-même a subi des violences et elle retrouve son ancien petit-ami Johnno, l'un des fils de Matt Mitcham. Leurs retrouvailles sont très émouvantes et le spectateur est très vite troublé par les révélations autour du passé de Robin. Top of the Lake est une excellente série, un bon thriller, et surtout un portrait féminin très réussi. Elizabeth Moss incarne une enquêtrice à fleur de peau mais determinée, vraiment touchante. La violence faite aux femmes est l'un des thèmes de cette fiction, menée avec beaucoup de sensibilité.

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Antigone

Autre figure féminine, autre univers. J'ai récemment vu une mise en scène de la pièce Antigone de Sophocle, déplacée dans la Palestine contemporaine. Ce spectacle en arabe surtitré en français m'a beaucoup plu. La tragédie grecque trouve un écho très juste avec l'histoire contemporaine. Le roi Créon se meut en politicien tyrannique, Polynice et Etéocle les victimes d'une injustice, et Antigone le symbole de la rebellion et de la résistance. La résonnance avec ce texte vieux de plus de deux mille ans est impressionnant. Antigone prend la force d'une insoumission intemporelle, et le personnage, frappé par la répétition du malheur familial trouve son reflet dans le désespoir du peuple palestinien qui souffre des conséquences d'un conflit ancestral, prêt à accepter la mort contre la spoliation et l'injustice. La pièce insiste sur la notion de terre, et le droit à être inhumé sur cette terre de patrie. La figure d'Antigone prend aussi une puissance particulièrement féministe. Le décor est dépouillé, la musique magnifique et les projections de texte renforcent encore plus le parallèle fait entre l'antiquité et la Palestine contemporaine. Un très beau projet du théâtre des Quartiers d'Ivry (mise en scène par Adel Hakim) avec le théâtre National Palestinien.

Au cinéma j'ai vu deux excellents films que je vous recommande chaudement. Mud et Stoker. Mud, sur les rives du Mississipi raconte l'aventure de deux garçons. Ellis et Neckbone sont deux adolescents. Encore enfants, ils sont à l'âge des premières amours, et souffrent de situations familiales difficiles. Les deux gamins rencontrent Mud, un type mystérieux qui se cache sur une île. Mud a tué le petit-ami violent de Juniper, son amie d'enfance et la femme qu'il aime depuis toujours. Elis et Neckbone décident de l'aider. Un très beau film sur la perte d'innocence et le modèle des pères. Le regard que ces deux enfants posent sur leur monde fracassé (par la perte des parents pour l'un, par l'implosion du foyer pour l'autre) et qui s'accrochent avec désespoir à tout ce qui semble porter un peu de romantisme et d'espoir est déchirant à voir. Le bayou est un cadre parfait pour les aventures secrètes de ces gamins qui viennent en aide à un type en quête d'amour interprété par le métamorphosé Matthew McConaughay. Émotion, beauté, sondage de l'âme humaine. Jeff Nichols a tout bon. Take Shelter était déjà un très grand film, tout en tension et mystère. Mud a en plus une grande poésie et une sensibilité, sans doute grâce au choix de la narration qui nous place le plus souvent dans le regard d'Ellis, un garçon idéaliste.

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Stoker est tout aussi réussi, dans un registre bien différent. C'est un film glacial et maîtrisé qui fait froid dans le dos. On est captivé dès la première image et l'intérêt ne diminue jamais. India, jeune fille solitaire, vient de perdre son père dont elle était très proche dans un mystérieux accident de voiture. Un oncle apparaît à l'enterrement. Soit-disant installé en Europe, il aurait perdu le contact avec son frère depuis bien longtemps. Alors qu'il s'installe avec India et sa mère, la jeune fille s'interroge sur ses réelles intentions et hésite entre crainte et fascination. Quelle histoire diabolique que ce presque huis-clos! Les trois comédiens principaux sont époustouflants. Mia Wasikowska incarne une adolescente en quête d'identité avec de nombreuses nuances, Nicole Kidman est géniale dans le rôle de la femme au foyer bourgeoise, d'apparence parfaite mais rongée par l'échec de son rôle de mère, et Matthew Goode est fascinant à voir dans le rôle de l'oncle qui va faire éclater les lourds secrets de famille. C'est très hitchcockien, servi par une esthétique léchée et épurée qui participe à l'ambiance, et une narration qui va crescendo jusqu'à des révélation détonantes. Attention quand même car c'est relativement violent, donc à ne pas proposer à tout le monde. Du bon cinéma pour les amateurs du genre!

Plus gentillet, mais pas désagréable, j'ai enfin vu le film Quartet. Beau casting, histoire mignonne, mais je n'ai pas aimé plus que cela. Sinon chaque semaine je suis religieusement mes séries habituelles. C'est la période des fins de saisons. The Good Wife s'est conclu comme prévu sur une dynamique qui occupera sans nul doute toute la saison prochaine. Le choix d'Alicia apparaît logique après les différents déceptions qu'elle a connu dans son cabinet. Et nul doute que la suite sera tout aussi passionnante. La nouvelle saison de Mad Men est assez géniale. Surtout la fusion inattendue de CGC et SCDP qui est l'occasion de voir combien l'influence de Don a été digérée par Peggy qui désormais n'hésite pas à le remettre en place et à le comparer à Ted, qu'elle affectionne beaucoup. La rivalité entre les deux hommes est d'ailleurs l'une des lignes directrices les plus intéressantes. Comme Joan le rappelle si bien tout évolue très vite, et en même temps rien ne bouge réellement. Faisant sans doute référence au statut de la femme, dont elle est la première victime depuis qu'elle est partenaire, ou Peggy renvoyée sans cesse à son premier poste de secrétaire alors qu'elle est désormais à la tête des créatifs. Don de son côté perd contrôle, sur son épouse, sur son travail, et le personnage s'assombrit de plus en plus, inquiétant même lorsqu'il affirme son pouvoir sur sa maîtresse, la chambre où ils se retrouvent de plus en plus souvent, semblant être un lieu de refuge, où il détient encore le contrôle.

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 Ted et Peggy vont-ils faire de l'ombre à Don Draper?

La série The Americans s'est achevée aussi la semaine dernière. J'étais très emballée par le pitch original et les premiers épisodes. Toutefois la seconde partie de la saison m'a moins séduite. Cela tournait un peu en rond et je doute désormais de la capacité de cette fiction à réellement tenir sur la longueur. Je regarderai sans doute la suite par curiosité. Jamais déçue en revanche par la série Parks and Recreation qui réussit sans cesse à se renouveler tout en jouant constamment sur les mêmes gags et les redondances liées aux personnalités extravagantes de chaque personnage. Vivement la suite! Cette semaine sera aussi la fin de la série The Office Us. J'adore cette série, même si elle a un peu souffert du départ de son légendaire boss Michael, remplacé d'abord par d'insipides prétendants puis par le très agaçant Andy. Malgré tout, depuis quelques temps la série a retrouvé un véritable souffle car les scénaristes se sont concentré sur les personnages forts du show, à savoir Dwight, Jim et Pam. La série a été un véritable phénomène populaire aux Etats-Unis, d'autant plus que personne n'y croyait avec seulement six épisodes pour une première saison assez discrète. Le public s'est installé au fil des saisons, tout comme l'univers de cette équipe de vendeurs de papier dont la mythologie est aujourd'hui affimée plus qua jamais. Les premières images du dernier épisode laissent supposer un grand final autour du mariage très attendu d'un des personnages phare, et avec le retour de ses figures adorées, notamment Steve Carell qui devrait faire une apparition. Je vous en reparlerai forcèment. Le moi de mai voit la fin de pas mal de séries ou fins de saisons, mais c'est aussi le moi du retour d'Arrested Development qu'on retrouvera le 26 mai aux Etats-Unis. En ce moment j'ai du mal à me lancer dans de nouvelles séries, surtout si je dois rattraper plusieurs saisons de plus de 13 épisodes. Je joue donc la sécurité et je découvre plutôt des formats courts. Les séries anglaises sont parfaites sur ce point et je vais bientôt découvrir The Politicial's husband par exemple, qui semble avoir reçu de bonnes critiques.

08/05/2013

Someday, Someday, Maybe

16071745.jpgConnaissez-vous la comédienne Lauren Graham? Elle est surtout connue pour avoir interprété Lorelaï Gilmore dans la fabuleuse série Gilmore Girls et aussi plus récemment pour son rôle dans Parenthood. La voilà qui se met à l'écriture avec un premier roman.

Someday, Someday, Maybe raconte le parcours de Franny, une jeune comédienne. Lorsqu’elle a quitté l’université et que son petit-ami Clarck a continué ses études elle s’est donné trois années pour faire décoller sa carrière. Le temps du cursus de son copain. Loin de son père et de Clarck elle s’est installée à New York avec son amie Jane puis Dan, le frère d’une copine, et apprenti écrivain. Franny suit les cours de comédie d’un professeur et écume les castings. Lorsque le roman débute l’échéance de la jeune femme est proche car il ne lui reste que six mois avant la date fatidique. Or, elle n’a décroché aucun rôle important et son histoire amoureuse se délite de plus en plus. Le lecteur suit Franny dans ses tentatives, motivée comme jamais. Elle va se trouver un agent, passer plusieurs auditions, fréquenter un camarade de son cours, sympathiser avec son colocataire Dan.

Franny est une adorable héroïne. Très drôle, avec beaucoup d’autodérision, et un manque d’assurance qui la rend d’autant plus attachante, même lorsqu’elle tombe dans les bras d’un type qui ne la mérite pas. Les chapitres alternent avec des pages de l’agenda de Franny – qui en dit parfois plus que plusieurs paragraphes – et les messages de son répondeur, machine dont elle ne maîtrise pas le fonctionnement et qui laisse s’accumuler des dizaines de messages professionnels ou de son pauvre papa qui s’en arracherait presque les cheveux. Franny subit en plus le stress du mariage d’une cousine dont son père lui parle sans cesse alors qu’elle n’a absolument pas le temps de s’organiser. L’humour du roman tient beaucoup au ton que Lauren Graham injecte dans les scènes les plus banales. Cela fonctionne car on est immédiatement embarqué avec cette héroïne très réaliste accompagnée d’amis très sympathiques. Les milieux du théâtre, de la télé et du cinéma ne sont pas vraiment écorchés même si elle nous montre bien que c’est un univers avec ses codes, qu’il faut accepter afin de se faire une place. L’héroïne découvre d’ailleurs assez vite qu’entre les paillettes, la gloire et le relationnel humain elle doit faire un choix décisif. Et même si son parcours est semé d’erreurs, elle parvient toujours à se relever. Des hauts et des bas, et toujours l’envie de réussir, de vivre de son métier pour enfin laisser tomber les boulots de serveuses annexes. C’est un agréable premier roman, qui nous emmène avec réalisme et humour dans l’univers de la comédie, dans un coming-of-age book (l’expression est plutôt utilisée pour les films, mais je l’adapte), ou l’histoire d’une jeune femme qui se détache de ses idéaux d’adolescente et affirme enfin ses envies et ses rêves d’adulte.

Lu dans le cadre du challenge Oh I love New York sur Whoopsy daisy

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[Lauren Graham, Someday, Someday, Maybe, Ballantine Books, en anglais]

09:47 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (2)

07/05/2013

Coup de foudre à Austenland

Austenland_large.jpg?1367571102Jane est une jeune new yorkaise d’une trentaine d’années. Célibataire, elle sait que sa difficulté à vivre des relations sérieuses vient beaucoup de son idéalisation de l’amour et de l’être rêvé. Jane aime Colin Firth, surtout dans le rôle de Mr Darcy, car elle adore les romans et l’univers de Jane Austen. Elle idéalise trop les hommes et l’amour, et ne vit que des histoires médiocres qui ne la satisfont pas. Jane est à nouveau seule lorsqu’elle avoue son obsession pour Darcy à sa grande tante. Lorsque cette dernière décède quelques temps plus tard elle lui lègue un drôle de cadeau. Un séjour à Austenland : au Royaume-Uni, dans une grande demeure du début du XIXe siècle.

À son arrivée sur le site la jeune américaine se voit confisquer toutes les technologies contemporaines, et on lui donne en contrepartie un rôle, des costumes de l’époque, et quelques cours sur l’étiquette et les bonnes mœurs. Jane intègre un jeu de rôle grandeur nature aux côtés de deux autres femmes. Tous les autres protagonistes sont des comédiens. Jane doit passer trois semaines dans cet univers digne d’un parc d’attractions. Elle espère que cette aventure lui permettra de ne plus autant idéaliser Mr Darcy et de rayer les hommes de sa vie. C’est donc un peu par désespoir qu’elle se rend à Austenland. Sur place elle sympathise avec la plupart des personnages, surtout le jardinier Martin, qu’elle apprécie parce qu’il agit en marge du jeu, ainsi que Mr Nobley, un gentleman très détaché. Au fil des jours Jane s’attache à ce groupe, même si elle sait que tout est factice et qu’elle est probablement la seule sincère parmi eux. Toutefois l’héroïne et le lecteur doutent de plus en plus de certains protagonistes. Sont-ils vraiment dans le jeu  ou y a-t-il parfois plus ? À Austenland les histoires rappellent évidemment les romans de Jane Austen. On se croit par moments dans Persuasion, parfois dans Emma, et souvent dans Orgueil et Préjugés.

Coup de foudre à Austenland est un roman très sympathique, romantique et drôle pour les amoureux/ses de Jane Austen et les amateurs/rices de chick lit’. Il y a beaucoup de choses à prendre au second degré et des scènes qui frôlent volontairement le ridicule. Evidemment la fin se révèle romantique à souhait. L’auteur répond au problème initial de l’héroïne, avec pas mal d’humour. Il y a tous les ingrédients pour passer un bon moment quand on aime aussi Darcy et les romans austeniens.

[Shannon Hale, Coup de foudre à Austenland, Les éditions Charleston, sorti en mai 2013]

03/05/2013

Récentes lectures

C_Dressing_5628.jpegJane Sautière propose dans son roman Dressing (édité chez Verticales) un regard nostalgique sur les vêtements de sa penderie. Ce n’est pas une étude sociologique du vêtement mais un autoportrait intime à travers ses tenues préférées ou les plus marquantes. Le vêtement qui renvoie aux origines, à la famille, qui dit une personne.

Elle débute le récit par les souvenirs qui unissent sa famille à des tenues. Leur parcours à travers ses costumes traditionnels. Puis elle s’intéresse à quelques moments où le vêtement devient symbole, un objet encombré d’une puissance inoubliable. Ceux que porte sa mère lors de son décès, le vieux manteau râpé de son père qu’elle ne cesse de croiser en pensant y voir la silhouette de l’être disparu. Les habits qu’il faut choisir pour enterrer un mort. Les rayures des camps de concentration. L’auteur raconte ensuite son enfance et ses années en Asie. Là où le vêtement prend un sens parfois différent. Elle partage l’horreur du froid à son retour en France et le besoin de se couvrir grâce à des couches de tissu. Elle dit les textures, les matières qu’elle aime, les achats déterminants.

Jane Sautière accumule des souvenirs liés à différents tissus. Un mouchoir trouvé, un pantalon adoré et rapiécé à outrance, des choix absurdes, d’autres classiques. Elle interroge le lecteur bien au-delà de la simple notion de mode. Il y a les idées de confort, de nostalgie, de malheur aussi. Une mosaïque de vêtements qui disent une vie et une histoire. Cela donne un petit livre original qui offre de façon détournée et ludique  un autoportrait vivant. Cela nous renvoie aussi à nos propres souvenirs. Pour moi le manteau rouge que ma mère portait quand elle venait me chercher à l’école, petit point vif au milieu de tous les manteaux sombres et passe-partout. La collection de sacs à mains et de chaussures de ma grand-mère. Les chaussons deux fois trop grands de mon papi que je mettais et traversais la maison avec, pour crâner. Les pulls empruntés et jamais rendus, les looks ridicules du collège, etc.

 

fils-de-sham-justine-bo-9782911438875.gifJ’ai aussi lu un premier roman percutant. Fils de Sham de Justine Bo (Diabase Littérature). La narratrice raconte son quotidien en Syrie alors que la révolution a débuté et que son compagnon attend son jugement. Elle raconte l’attente, la peur, l’absurdité de l’administration, mais aussi la beauté de Damas. L’écriture est belle, directe, franche. Mais le récit est aussi extrêmement violent. Ce court roman s’ouvre par une scène d’accouchement et d’infanticide décrit avec réalisme qui m’a secouée et dérangée. C’est assurément l’effet recherché. Cet enfant mort devient le symbole d’un pays en sang, d’un avenir sombre, d’une rage. Le plus dur et choquant n’est probablement pas cette première partie mais la suite, lorsque la narratrice déambule dans son appartement à l’abandon et qu’elle observe le cadavre et le commente. C’est très dur et marquant et j’ai passé une très mauvaise nuit après cette lecture. Très agitée et secouée par ces images qui me venaient. L’auteur était étudiante et vivait à Damas lorsque les premières manifestations ont eu lieu en Syrie. Elle en a ramené un récit de fiction puissant et dérangeant. À ne pas mettre entre toutes les mains.

09:52 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (3)

Rectify : suite et fin

La série Rectify s’est achevée et elle me manque déjà. Cela faisait très longtemps que je n’avais pas autant aimé une série. Probablement depuis Mad Men ou Six Feet Under bien avant cela. Il y a des séries qu’on suit avidement parce qu’elles nous changent les idées, c’est le cas de la plupart des bonnes sitcoms. Il y a celles qu’on suit pour le suspens, parce que c’est efficace et bien fichu. The Good Wife ou Games of Thrones par exemple. Déjà ce sont des fictions de grande qualité. Et puis il y a parfois, rarement, de très bonnes productions. Où on trouve de la beauté, de l’émotion, et qui posent les bonnes questions. Il faudra que je vous reparle aussi de Top of the lake, bien sûr, car elle entre aussi dans cette dernière catégorie. Parade’s end aussi l’était pour moi. Pour l’instant j’ai envie de vous parler de la fin de Rectify. Les trois premiers épisodes étaient puissants, les derniers tout autant.

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Maintenant que l’on connait Daniel et sa famille on se concentre sur son éveil, toujours difficile. Après une journée nécessaire d’isolement, Daniel se rend compte qu’en vingt ans sa vue a baissé. L’achat de lunettes avec sa mère est l’occasion de partager quelques moments privilégiés avec elle. Cette dernière, après l’abattement, semble enfin aller de l’avant. Alors qu’ils sont alpagués par des journalistes sur le parking du supermarché Daniel et sa mère trouvent refuge dans leur voiture, et attendent, sous l’œil étonné puis lassé des caméras. Daniel essaie de se confronter au monde, celui-là le bouscule. Au bout de quelques temps le désir revient aussi. Celui de la sensualité, le besoin de toucher et d’être caressé par un autre être. Daniel est attiré par Tawney qui est toujours dans son rôle de bonne chrétienne et ne voit pas la souffrance qu’elle lui impose. Les sentiments se brouillent et tout est montré avec toujours la même sensibilité. Le spectateur en apprend aussi davantage sur son passé en prison. On s’attache à son seul ami, l’un de ses voisins de cellule, qu’il verra fatalement partir, et dont la sympathie ne doit pas faire oublier ce qui l’a mené en prison.

L’un des plus beaux épisodes est probablement le cinquième. L’un des plus étonnants aussi et très métaphorique. Au cours d’une étrange nuit Daniel va être ému par la vision d’une sculpture. Emu par le beau, comme soudain ramené chez les vivants. Il cherche la rédemption. Un long chemin qu’il n’avait pas trouvé durant son incarcération mais qu’il envisage enfin. Daniel cherche un pardon, ou peut-être à se détacher d’une culpabilité. Auprès de Dieu, auprès de la famille d’Hannah (la victime du meurtre) et auprès de la tombe de la défunte. C’est un cheminement intérieur très difficile que le réalisateur parvient à nous faire ressentir, presque miraculeusement. Bien sûr les autorités locales n’oublient pas Daniel. La haine se propage, les gens enragent. Amantha propose de quitter le foyer familial pour tout recommencer à Atlanta. Peut-être trop tard ?

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Je n’ai pas envie de tout vous révéler. Je vous laisse découvrir cette fabuleuse série et j’espère que vous y trouverez aussi l’écho de quelque chose de très fort et troublant. Le parcours de cet homme abattu, dont toutes les faiblesses et la fragilité sont mises à nu, ne peut pas laisser indifférent. Ce qui est impressionnant c’est que le réalisateur n’a même pas besoin de rendre son sujet polémique. Il ne s’attarde pas sur la critique du système pénitentiaire ou judiciaire américain. Tout est dit grâce au portrait intime d’un seul personnage.

Le succès critique de la série lui a permis de se voir commander une seconde saison. J’en suis ravie. J’ai hâte de la retrouver. Toutefois je me demande si la suite aura la même grâce ? Le réalisateur ne devait pas être sûr d’avoir l’occasion de tourner une suite alors il a voulu conclure son histoire tout en lui laissant une ouverture possible. Le spectateur est donc satisfait d’en apprendre suffisamment sur la nuit du crime, même si de nombreuses zones d’ombre demeurent. La plupart des personnages ont été bien développés et de nombreuses pistes sont lancées. La série s’achève sur une image de solitude. La vérité sur Daniel Holden est à suivre…